Dimanche 12 avril 2026. 13h30. Je me présente au portail de la maison d’arrêt de Nevers pour célébrer la miséricorde divine avec les prisonniers. Nous nous connaissons un peu déjà, j’ai eu la joie de célébrer parmi eux le Jubilé au mois de décembre dernier. Après avoir salué chacun, dressé l’autel et tracé sur nous le signe de la croix, vient l’écoute de la Parole de Dieu et de l’évangile faisant le récit de la rencontre de Jésus et Thomas : « Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 26). Après avoir moi-même franchi trois lourdes portes et grilles pour rejoindre les prisonniers, la parole de l’évangéliste résonne d’une manière toute particulière… Jésus vint alors que les portes étaient verrouillées… Il était là au milieu d’eux. Célébrant l’eucharistie ce jour-là, j’ai pris conscience de la proximité et de la tendresse inouïes du Seigneur envers les prisonniers mais plus largement envers les pauvres, qui vivent, exclus ou ignorés, dans l’entrelacs de la misère économique, de la relégation sociale et du mépris culturel.
Aux prisonniers de Bata, en Guinée Équatoriale, le pape Léon a affirmé il y a quelques jours que « personne n’est exclu de l’amour de Dieu ! Chacun de nous, avec son histoire, ses erreurs et ses souffrances, continue d’être précieux aux yeux du Seigneur. Nous pouvons le dire avec certitude, car Jésus nous l’a révélé à chaque rencontre, à chaque geste et à chaque parole. Même arrêté, condamné et mis à mort sans aucune faute, il nous a aimés jusqu’au bout, montrant qu’il croyait en la possibilité que l’amour puisse changer même le cœur le plus endurci. »
C’est ce même amour qui a brulé des années durant le cœur de Jean Rodhain, prêtre et fondateur du Secours Catholique en 1946. Pendant la guerre, il est nommé aumônier militaire régional à Reims, avant d’être capturé le 16 juin 1940. Il est alors convaincu que son devoir de prêtre est de mettre tout en œuvre pour venir en aide aux prisonniers. C’est à leur contact que murit sa vocation et sa mission, si bien qu’il dira plus tard : « J’ai trouvé la joie du jour où j’ai moins pensé à moi. Mes soucis sont mon huis-clos. Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels. Une visite par semaine à un jeune handicapé physique. Une visite par mois à la prison. Je découvre un monde. J’apprends le courage des autres. Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles ; le soleil est entré. »
+ Grégoire Drouot
