« Devenir chrétien par la liturgie »

Publié le 21 octobre 2025

« Devenir chrétien par la liturgie »

Le frère Patrick Prétot, professeur à l’Institut Catholique de Paris et membre du Service national de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle, avait invité les participants à relire la lettre du pape François Desiderio desideravi (« Sur la formation liturgique du peuple de Dieu »).
Ce fut l’avant-goût de deux journées très denses, dont voici un bref résumé.

Le don de Dieu, premier dans la liturgie

Dans les temps anciens, pour demander aux dieux ou à Dieu des faveurs, les hommes offraient des sacrifices humains ou d’animaux en espérant qu’en retour, Dieu les exaucerait.
Or, dans la liturgie chrétienne, c’est exactement l’inverse : c’est Dieu qui donne le premier, et nous qui, en retour, rendons grâce — sens du mot Eucharistie.
Le don de Dieu est toujours premier.

Devenir chrétien par la liturgie

Devenir chrétien par la liturgie, c’est apprendre à se former à la liturgie pour se laisser former par elle.
La connaissance du mystère du Christ n’est pas une idée à assimiler intellectuellement, mais un attachement réel et existentiel à la personne du Christ.
La liturgie, grande école de la prière chrétienne, est la première source de communion divine, où Dieu partage sa propre vie avec nous.

Elle est aussi la première école de la vie spirituelle, une action de grâce pour la Pâque du Fils.
La célébration touche à notre docilité à l’action de l’Esprit, qui agit en nous jusqu’à ce que le Christ soit formé en nous (cf. Ga 4,19).

Liturgie et catéchuménat

La formation à la liturgie est décisive pour le catéchuménat.
La question n’est pas de « garder les néophytes », mais de structurer des catéchumènes qui arrivent aujourd’hui par des chemins improbables.
Les catéchistes sont témoins de conversions inattendues, inexplicables à vue humaine.
Nous sommes dépositaires non pas de nos efforts, mais d’un don qui vient d’ailleurs.

Ce don vient d’abord de Dieu lui-même : c’est Lui qui invoque, convoque et appelle.
La liturgie est ainsi le premier lieu de la proposition de la foi.

L’Église, dépositaire d’un message qu’elle doit annoncer (marturia) et servir (diakonia), voit ces deux missions culminer dans la célébration liturgique (leitourgeia).

Les trois piliers de la prière chrétienne
  • Le Notre Père : non pas une prière parmi d’autres, mais la prière (selon saint Cyprien).
  • La prière eucharistique : non pas celle du prêtre seul, mais celle de toute l’Église qui rend grâce à Dieu.
  • Les psaumes : voix du Christ parlant au Père, du Père parlant au Fils, ou de l’Église parlant à Dieu.
Une nouvelle approche de la liturgie
  • Redécouverte de la notion d’alliance.
  • Redécouverte des sources liturgiques anciennes.
  • Redécouverte de la place de l’Esprit Saint.
  • Développement d’une attitude positive envers les autres confessions chrétiennes.
L’Eucharistie : mémorial du don du Christ

L’Eucharistie instituée par le Christ n’est pas un acte magique, mais le mémorial du don de sa vie pour le salut du monde.
Le lavement des pieds du Jeudi Saint n’est pas une simple exhortation morale au service, mais le signe du don total de sa vie, y compris comme serviteur (cf. Ph 2).

« Faisant mémoire, nous t’offrons… » : l’Église demande que les fidèles offrent la victime sans tache, mais aussi qu’ils apprennent à s’offrir eux-mêmes.
Cette offrande se fait en union avec toute l’Église, pour tous ses membres, vivants et défunts.

La liturgie : sommet, source et centre

La liturgie est véritablement le lieu d’où tout part et où tout revient.
C’est elle qui donne leur pleine portée théologale aussi bien à l’engagement dans le monde qu’à l’annonce de la foi.

La liturgie au fil de l’histoire

La liturgie de l’Église s’est mise en place au cours des premiers siècles.
Elle a évolué, parfois en revenant à des traditions plus anciennes.
Derrière les changements apparents, l’Église n’a jamais voulu autre chose que transmettre la tradition reçue, enracinée dans les Écritures.

Sur la longue durée, on constate une remarquable continuité : saint Justin, mort martyr vers 150, décrit déjà une célébration eucharistique où se trouvent les éléments essentiels de ce que nous vivons aujourd’hui.
C’est une admirable continuité de la tradition liturgique, au milieu des évolutions d’un monde toujours changeant.

Conclusion : la liturgie, fontaine au milieu du village

Aujourd’hui, l’annonce de la foi ne se transmet plus par héritage.
Mais elle ne doit pas devenir pour autant une affaire de marketing.
En se détachant de la vie liturgique et sacramentelle, l’annonce risquerait de devenir propagande, l’engagement de perdre sa saveur et la prière de se réduire à une évasion.

Comme le disait saint Jean XXIII :
« La liturgie, c’est la fontaine au milieu du village. »

Marie-Pierre et Christian Allard d’après les diapos du père Prétot.

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