Le mercredi 1er avril, en honneur des 350 ans de son ordination sacerdotale de Jean-Baptiste Delaveyne, Sœur Elisabeth a tenu une conférence aux prêtres, diacres et femmes de diacres.
De mondain distrait à apôtre brûlant de charité : la vie de Jean-Baptiste Delaveyne est une véritable traversée. Proclamé « Vénérable » en 1991 par Jean-Paul II, il a ouvert une voie spirituelle encore féconde aujourd’hui, chemin choisi par Bernadette Soubirous au 19ème siècle.
Rien ne le destinait pourtant à une telle aventure. Jeune bénédictin, séduit par la facilité et les apparences, il mène une vie religieuse sans élan, « fonctionnaire du culte ». Mais Dieu surgit là où on ne l’attend pas : une simple remarque d’un confrère — « Saint Benoît n’était pas si bien à Subiaco » — fissure ses certitudes. L’appel retentit : « Revenez à moi de tout votre cœur. »
Alors commence le chemin vers l’essentiel : Jean Baptiste ose regarder sa vie en vérité. Il voit son cœur dispersé, des relations superficielles, une foi sans feu. Comme une source enfouie, sa vocation est là… mais ensablée. Il prend du recul, relit son existence, laisse Dieu le rejoindre. Peu à peu, tout se recentre : Dieu redevient le cœur de sa vie.
Cette rencontre change son regard. À Saint-Saulge, il voit enfin la misère des paysans : matérielle, culturelle, spirituelle. Il n’est plus spectateur mais frère. Nourri par la Parole de Dieu et bouleversé par la détresse des pauvres, il unit contemplation et action. Les deux « fenêtres » de la petite cellule dans laquelle il s’est installé en quittant ses appartements luxueux, symbolisent sa vie : l’une ouverte sur le tabernacle, l’autre sur la rue.
Alors jaillit une créativité apostolique : visites des malades, aide aux prisonniers, écoles pour les filles, accompagnement des plus délaissés. Une conviction le porte : « Nous ne pouvons mieux aimer le Christ que dans la personne des pauvres. »
Mais son œuvre ne s’arrête pas là. Il transmet un feu : « N’ayez point d’autres affaires que celles de la Charité, n’ayez point d’autres intérêts que ceux des malheureux… » En mobilisant des femmes pour servir et enseigner, il fonde un chemin d’Évangile appelé à rayonner.
Aujourd’hui encore, sa voix résonne face aux blessures du monde : guerres, injustices, solitudes. Son appel est simple et radical : revenir à Dieu, ouvrir son cœur, et aimer jusqu’au bout. Car, pour lui, tout se résume ainsi : marcher comme le Christ, vivre comme Lui, aimer comme Lui.
