« Laissez le Christ grandir en vous »

Publié le 25 février 2026

« Laissez le Christ grandir en vous »

Deux événements retiennent mon attention au cœur du carême.

Le premier est le nombre important d’hommes et de femmes qui se laissent attirer par le Seigneur et se sont engagés avec le saint peuple de Dieu à vivre le temps du carême comme une préparation à la nuit de Pâques et au jaillissement de la lumière du Ressuscité. Il seront baptisés cette nuit là, et deviendront à leur tour des membres lumineux de l’Eglise. Cette aventure nous concerne tous. Ces quarante jours sont un temps de formation au sens où l’entend Saint Paul : « Mes petits enfants, pour qui j’éprouve de nouveaux les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous ! » ( Gal 4, 19). Qui peut dire qu’il est parvenu au terme de sa formation, que non seulement il n’a plus rien à apprendre de Dieu et de ses frères mais que le Christ est définitivement formé en lui ? C’est l’histoire de toute une vie… et les catéchumènes, bientôt néophytes, nous entrainent avec eux à désirer chaque matin que la vie du Christ naisse et grandisse en nous, dans une dynamique qui, même dans la douleur, nous conduit à une union vitale avec la personne du Sauveur.

Un second événement me frappe au début de ce mois de mars, à savoir la concomitance du carême et du ramadan. Nous sommes entrés le même jour dans ce temps béni et nous pouvons sans doute y discerner un appel renouvelé à tisser entre nous des liens fraternels. L’exemple du père Christian de Chergé peut nous y aider. Nous célébrerons cette année les trente ans de sa mort en Algérie. Sa grande délicatesse et sa soif de dialogue avec les musulmans s’enracinait dans une amitié très concrète avec un algérien, Mohammed. Le monde n’est pas sauvé « par le haut », trop souvent saturé par l’orgueil des puissants et le bruit des canons, le monde est sauvé « par le bas », c’est-à-dire par le courage, l’amitié, et l’espérance d’hommes et de femmes, souvent anonymes mais qui comme Mohammed et Christian choisissent la vie au creux des fractures.

C’est l’exemple ultime que Jésus nous a laissé. Le « Très-Bas » a lavé les pieds de ses disciples pour les sauver de toutes les blessures infligés à la fraternité et pour qu’en l’imitant nous découvrions qu’il vit en nous. Quel beau mystère ! Poursuivons notre marche à la lumière de Pâques avec persévérance et joie !

+ Grégoire Drouot