« Seigneur, celui que tu aimes est malade » (Jn 11,3). Cette parole, que portent Marthe et Marie à Jésus, concerne leur frère Lazare. Mais en vérité, elle nous concerne tous. Nous sommes tous les sujets de prédilection du Seigneur, et nous sommes tous malades, d’une maladie qui conduit à la mort… à savoir le péché. Pour en guérir, le remède se trouve dans l’amitié avec le Seigneur. Tout le récit de la résurrection de Lazare est baigné d’affection. En appelant Lazare à sortir de son tombeau, Jésus lui ouvre de nouveau la possibilité de vivre, c’est-à-dire d’entrer dans cette relation d’amitié à laquelle le Seigneur nous invite tous. S’il est vrai que vivre, de manière ordinaire, c’est bâtir et nourrir quotidiennement des relations d’amitié, combien plus notre vie se déploie à la mesure d’une amitié toujours plus forte avec le Seigneur. « Celui qui croit en moi vivra » dit Jésus à Marthe. L’expression la plus noble de la foi est l’amitié. Tant et si bien que Jésus ne demandera pas à Pierre, après sa résurrection, au bord du lac de Tibériade, « crois-tu en moi ? » mais « m’aimes-tu ? » (Jn 21,15).
L’Eglise n’est pas seulement le rassemblement de « croyants », comme nous le formulons parfois rapidement, elle est la communion des « amants » de la croix et de la résurrection du Christ. Et nos paroisses, nos mouvements, nos engagements sont bien « vivants » non pas d’abord à cause du nombre de celles et ceux qui s’engagent ou des projets que nous élaborons mais à cause de la qualité de l’amitié qui s’y exprime. Dans le livre du Cantique des Cantiques, le dialogue de la fiancée et du fiancé épouse les contours d’une quête amoureuse, d’un désir d’aimer et d’être aimer qui fonde et éclaire toute l’histoire de l’humanité dans sa relation à Dieu, depuis les origines.
Dans la nuit de Pâques, de nombreux néophytes sont entrés dans cette histoire sainte, répondant à l’appel du Seigneur et cherchant à le connaitre et à l’aimer en retour. Le baptême, parce qu’il ouvre la possibilité d’une amitié fondée résolument sur l’amour de Dieu, est le remède au vieillissement et à la mort : « Il y a [une] différence entre la vie que nous commençons dans le saint baptême et celle qui nous est donnée par notre première naissance, dit Bossuet. Que celle-ci va toujours en dépérissant et celle-là au contraire va toujours en se renouvelant. »
+ Grégoire Drouot
