Bienheureux Bernard Perrin

Publié le 31 mars 2026

Bienheureux Bernard Perrin

L’abandon et l’offrande d’une vie

Bernard Perrin naît le 21 février 1920 à Lyon, dans une famille catholique pratiquante de six enfants. Élève dynamique et engagé, il grandit dans un environnement de foi qui marquera profondément son parcours. Après des études chez les jésuites, il hésite entre vocation religieuse et carrière militaire, avant que la guerre ne bouleverse ses projets.

Inscrit en licence de chimie à l’Institut catholique de Lyon, il s’engage davantage dans le scoutisme et approfondit sa foi, accompagné par le père François Varillon. Progressivement, l’appel au sacerdoce se précise. Lors d’un pèlerinage entre Lourdes et Le Puy-en-Velay en 1942, puis lors d’une retraite spirituelle, il confirme cet appel dans un texte personnel où il exprime son engagement total à Dieu.

Mobilisé dans les Chantiers de Jeunesse, il devient chef d’équipe et développe une réflexion sur la situation du pays. Face au Service du Travail Obligatoire (STO), il choisit volontairement de partir en Allemagne, non par contrainte, mais pour soutenir spirituellement et moralement ses compatriotes, dans un esprit d’apostolat chrétien.

Envoyé en 1943 dans une usine chimique en Saxe, il vit difficilement son adaptation mais finit par trouver sa place en se mettant au service des autres : écoute, entraide, accompagnement spirituel. Il devient une figure centrale de soutien pour ses camarades, organisant des groupes de partage et aidant les plus fragiles.

Son engagement attire l’attention de la Gestapo, qui l’arrête en 1944. Déporté au camp de Mauthausen puis à Gusen, il continue malgré les conditions extrêmes à soutenir, consoler et encourager ses compagnons, prêchant le pardon et l’amour plutôt que la haine.

Affaibli par les privations, il contracte le typhus et meurt en 1945. Jusqu’à la fin, il témoigne d’une foi profonde et d’un esprit de charité remarquable. Son exemple marque profondément ceux qui l’ont côtoyé, notamment Georges Hugon, qui témoigne de son courage, de son humanité et de sa capacité à redonner espoir et foi dans les pires circonstances.

Marie-France de Certaines, nièce du Bienheureux Bernard Perrin, vit dans la Nièvre.
Elle nous offre son témoignage personnel où l’exemple de son oncle a silencieusement  influencé sa vie.

Je retiens trois traits principaux :
La souffrance et la croix. 
Oncle Bernard a vécu la déréliction suprême. Son exemple, inconsciemment, nous a permis de surmonter le séisme de la mort brutale de notre troisième enfant Hadelin, le 31 Janvier 1996, à 18 ans, routier et en prépa à Franklin chez les Jésuites, des suites d’une opération bénigne par défaut de surveillance. « Monté huit jours au ciel avec lui » mon mari a résumé cette souffrance et cette croix en disant vivre « une extrême déréliction et une joie ineffable ». Pour moi, en tant que mère, j’ai vécu, dans ma chair et dans mon coeur, le déchirement de mes entrailles, comme ma grand-mère, toutes deux qui avons offert à Dieu nos enfants dans un souffle d’action de grâce pour leur vie si courte et aboutie. C’est celui de toutes les mères qui ont perdu un fils. C’est en premier celui de la Vierge Marie au pied de la croix, qu’elle avait par avance résumé dans son « FIAT » ; c’est à elle que j’ai confié Hadelin.

L’abandon et l’offrande de sa vie, oncle Bernard les a vécus jusqu’au bout.
A son exemple, dans un carnet inachevé commencé le jour de ses dix-huit ans, Hadelin écrit : « je ne sais pas si je mourrai jeune ou vieux, mais je m’en remets à Dieu, en vivant désormais en chevalier du Christ et citoyen du monde, et en avançant joyeusement « prenant la vie comme un jeu » ».

La confiance en Dieu et l’assurance d’oncle Bernard dans sa vocation sacerdotale et son sens du service dans l’humilité et la joie.
Cela nous a renvoyés à notre devise familiale « Fiance en Dieu, Fiance certaine » et depuis avons l’assurance que l’espérance chrétienne est une certitude. Nous avons renforcé nos engagements, pour moi aumônerie d’hôpital pendant onze ans, et au service des malades dans le cadre de l’Ordre de Malte. Sur quatorze membres de notre petite famille, onze ont fait leur promesse scoute, et nous accueillons dans notre maison de la Nièvre, avec sa chapelle, scouts, séminaristes, pèlerinages de Vézelay.

Le parcours d’oncle Bernard, que nous essayons de rejoindre, a vocation à se répandre et est pour moi un signe fort que Dieu sait ce qui est bon pour nous. Nous ne formons qu’un maillon de la chaîne et, malgré et à cause de nos faiblesses, Dieu nous a choisis pour bâtir son royaume de justice et de paix. Ma devise personnelle que je me répète tous les matins : « je suis toute petite mais Dieu m’aime ».

Merci bienheureux oncle Bernard !