Cette année, une quarantaine de chrétiens de notre province ecclésiastique de Dijon – dont douze nivernais – participent à l’« Ecole pour la Mission », créée en 2023 par les évêques des diocèses de Nevers, Sens-Auxerre, Autun et Dijon.
Ces chrétiens laïcs sont des hommes et des femmes (dont un certain nombre de couples), très souvent en activité professionnelle, qui sont appelés par l’Eglise à une formation approfondie de deux années, en vue d’être associés « de plus près » à la mission de l’Eglise tout entière, éventuellement par l’exercice de l’un des ministères institués remis en valeur par le Pape François durant son pontificat. Une première promotion a achevé ce temps fort de formation à la vie ecclésiale en juillet 2025, une deuxième prend la suite cette année.
Revenons sue les raisons de création de cette Ecole, et regardons comment cela se passe.
Pourquoi une Ecole provinciale pour la Mission ?
« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse », écrit l’apôtre Pierre dans sa Première Lettre (1P 4,10).
Les fidèles laïcs n’ont, bien sûr, pas attendu 2025 pour être, dans l’Eglise et dans le monde, ferments de foi, d’espérance et de charité. Mais nous savons bien que, depuis le XIXème siècle au moins, la sécularisation grandissante de la société et la dissociation entre la citoyenneté politique et l’appartenance à l’Eglise ont obligé les chrétiens à assumer et à assurer leur propre communauté ecclésiale. Tentés qu’ils furent – ou qu’ils sont peut-être parfois – par la mise en place de « ghettos » ecclésiaux, on les appela à « raser les bastions » (Hans Urs von Balthasar, dans les années 1950) pour une annonce renouvelée de l’Evangile à un monde occidental en voie, déjà, de déchristianisation. Puis le concile Vatican II permit à toute l’Eglise de reprendre conscience de la dimension fondamentalement apostolique et missionnaire de son existence dans le dessein de Dieu. Ainsi le Décret sur l’apostolat des laïcs du concile (novembre 1965 !) affirme-t-il : « Les laïcs tiennent de leur union intime avec le Christ Tête leur devoir et leur droit de se vouer à l’apostolat » (n°3), et, plus loin, « A l’intérieur des communautés ecclésiales, leur action est si nécessaire que sans elle l’apostolat des pasteurs ne peut, le plus souvent, obtenir son plein effet. En effet, à la manière de ces hommes et femmes qui secondaient Paul dans l’annonce de l’Evangile, les laïcs animés du véritable esprit apostolique suppléent à ce qui manque à leurs frères et apportent le réconfort spirituel tant aux pasteurs qu’au reste du peuple fidèle ». Ce n’est donc pas – comme on l’entend encore parfois – en vertu de la seule pénurie de prêtres que des chrétiens laïcs sont formés aujourd’hui à l’apostolat de l’Eglise ; à travers eux, c’est un nouveau visage d’Eglise, conforme à sa nature profonde, qui se développe sous nos yeux dans un monde en rapide mutation.
Durant son pontificat, le Pape François a estimé important de franchir, en quelque sorte, une nouvelle étape, afin, comme il l’écrivait, de « soutenir l’action de l’Esprit du Seigneur » qui construit la communauté ecclésiale. C’est ainsi que, dans les années 2021-2022, François a souhaité remettre en valeur, dans la vie de l’Eglise, les ministères quelque peu oubliés de lecteur et d’acolyte et qu’il a établi le ministère de catéchiste. Ces trois ministères font l’objet d’une institution liturgique, et sont conférés à vie à un homme ou une femme baptisé(e) et confirmé(e), à l’appel de l’évêque d’un diocèse. Ils sont tous les trois voués à la mission de l’Eglise, comme des services de ce que la communauté est appelée à faire et à vivre, des services assumés par quelques fidèles au sein du peuple de Dieu au bénéfice de la mission de tous, tous les baptisés étant appelés à être des disciples-missionnaires. Ces ministères consistent tous les trois en une responsabilité à l’égard d’un groupe de personnes et touchent aux différentes dimensions de la vie chrétienne. Ainsi du ministère de lecteur qui se veut être une authentique annonce de la Parole de Dieu dans les différents domaines de la vie ecclésiale. Ainsi du ministère d’acolyte, qui, comme service de l’eucharistie, s’étend bien au-delà de la célébration de la messe. Ainsi, plus encore, du ministère de catéchiste qui peut inclure un véritable accompagnement de communautés par des chrétiens laïcs.
Ce sont ces différentes étapes, et en particulier ces initiatives du Pape François, qui ont incité nos diocèses à la création de cette Ecole provinciale pour la Mission, dans laquelle des chrétiens laïcs sont invités, par leur évêque, à approfondir le fondement et les modalités de la Mission, en vue de l’exercice éventuel d’un ministère, institué ou non, pour l’édification de l’Eglise.
Comment cela se passe-t-il ?
Le baptême faisant de tous les chrétiens des disciples-missionnaires (avec un « – » entre les deux mots), l’Ecole pour la Mission est construite sur un diptyque : l’année 1 propose de scruter ce que signifie CROIRE au Christ dans le monde contemporain, en croisant des approches de sciences humaines, théologiques et bibliques ; l’année 2 approfondit la consistance ecclésiale de la foi et la mission de cette EGLISE. Chaque année est organisée en trois modules qui, chacun, donnent à vivre un week-end en présentiel (à l’abbaye de La Pierre-Qui-Vire ou en la Maison Sainte Catherine Labouré à Fain-lès-Moutiers), six « visios » de deux heures en soirée, et deux travaux de groupe en équipe locale (deux groupes cette année dans la Nièvre). Le but de l’Ecole pour la Mission n’est pas de dispenser un diplôme de théologie. Elle consiste plutôt en une formation intégrale qui vise à approfondir les dimensions intellectuelle, pastorale et spirituelle de la mission des chrétiens. Une véritable communauté de foi et de partage se forme progressivement, permettant à chacun de se laisser appeler par le Seigneur au travail de sa vigne.
Olivier Michalet
