Éducation, quel défi pour les parents et grands-parents, aujourd’hui ?

Publié le 22 décembre 2025

Éducation, quel défi pour les parents et grands-parents, aujourd’hui ?

Le jeudi 11 décembre 2025 se tenait à la maison du diocèse une conférence des associations familiales catholiques (AFC) animée par Pascale Morinière, Président de la Confédération nationale des AFC, médecin et ex-présidente nationale des scouts unitaires de France qui a rassemblé un bel auditoire plus sel que poivre, très concerné par le thème proposé.

« Éducation, quel défi pour les parents et grands-parents. Aujourd’hui ? »

Très récemment, le Pape Léon XIV a rencontré, place Saint-Pierre, des familles, des éducateurs à l’occasion du Jubilé du monde éducatif.
Reprenant 4 aspects de la doctrine de Saint Augustin, l’Intériorité. L’unité, l’amour et la joie, il a souhaité le renouveau d’un parcours commun de croissance et d’un enrichissement mutuel. Cette préoccupation de l’Église énoncée par son Pape montre à quel point ce thème est d’actualité.

Dans son introduction, Pascale Morinière nous dit : « les parents sont les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants. Et chaque père, chaque mère est le meilleur père, la meilleure mère possible pour son enfant. » Et d’ajouter, rassurante : « Il est possible de donner une bonne éducation à ses enfants encore aujourd’hui. Tous les parents en sont capables, mais ces mêmes parents entendent explicitement ou implicitement que les sachants, les spécialistes sauraient mieux faire qu’eux. Alors ils ne sont pas démissionnaires, mais démunis. Les parents ont besoin d’être encouragés dans leur propre capacité éducative. »

Comment les aider face aux difficultés rencontrées ?
Quels sont les sujets les plus prégnants ? 
  • À qui faire confiance ? Quel est le bon modèle éducatif ?
  • Comment exercer son autorité ?
  • Quelle est l’anthropologie et l’EARS (Éducation affective relationnelle et sexuelle)
  • Les réseaux sociaux, l’environnement.
  • Quels relais étayages ?

Et de préciser, les grands-parents n’ont pas exactement un rôle éducatif, ils sont les premiers relais des parents par délégation de l’autorité de ces derniers mais sans outrepasser leur place.

  • Quel modèle suivre ?

En devenant père ou mère, chacun se lance avec enthousiasme et une certaine ingénuité dans sa mission éducative. Les uns en suivant un héritage éducatif apprécié, les autres cherchant au contraire à s’en démarquer. La fin du 20e siècle a idéalisé la venue des enfants ; Ils étaient forcément désirés et la vie de famille se devait d’être idyllique.
L’éducation sur le mode récompense/punition était devenue le vestige d’un lointain passé, nous entrions dans le mythe d’une mode de relation douce, apaisée, positive, bienveillante. Le courant de l’éducation positive a vu le jour dans ce contexte et a semblé répondre idéalement aux besoins des parents de cette génération.
Par ailleurs, les familles ont moins d’enfants et les parents se doivent de les réussir à tout point de vue, comportement, diplômes, études, résultats sportifs, aptitudes artistiques et cela a sans doute généré une pression intense.
Enfin, dans le même temps, le taux de travail des femmes est passé de 57,7% en l’an 2000 à 66% en 2023, diminuant d’autant la disposition des mères auprès de leurs enfants. La famille est vue désormais comme un refuge dans un monde difficile où les temps passés dans ce cocon familial sont censés n’être que paix et harmonie.
La réalité, bien sûr, se heurte rapidement à ce schéma simpliste.
Chaque père ou mère touche du doigt ses limites et réalise qu’on éduque davantage avec ce que l’on est qu’avec les idées et les convictions qui nous animent. Les parents qui se sont engouffrés dans la discipline positive et dans l’éducation bienveillante sont bien souvent épuisés. Le temps est particulièrement ressenti comme une denrée rare.
En matière d’éducation, il est souvent plus simple de céder ou de marchander pour sauvegarder une harmonie familiale.

  • Comment exercer une juste autorité ?

Outre le temps, l’autre écueil en matière d’éducation est la question de l’autorité.  Beaucoup de parents doutent de leur légitimité à imposer des règles ou des exigences à leurs enfants, car ils oublient la différence entre autorité exercée de manière bienveillante qui est au service de la croissance de l’enfant et qui s’exerce pour son bien, ce que l’enfant perçoit parfaitement et l’autoritarisme.
Le psychiatre britannique Winnicott parle alors d’être « contenant » à propos de la manière de tenir les tout-petits, de manière à ce qu’ils soient capables de nommer leurs émotions, leur donner une juste place, plutôt que d’être submergé par elles.
Les émotions ne sont qu’une information plus ou moins fiable, évoluant dans le temps et doivent être placées au crible de l’intelligence et de la volonté.
C’est un long travail à mener tout au long de l’enfance et de l’adolescence.  « Est-ce que tu te crois que dans une semaine, un mois, ce problème aura autant d’importance ? » La raison doit demeurer une instance supérieure, il ne faut pas laisser la pensée avec l’émotion, il faut la laisser, avec la vérité.

  • Quelle anthropologie et EARS.

Nous vivons dans une époque désincarnée où le corps est vu comme le véhicule ou la vitrine de la personne. Nous en avons fait une vision dualiste de la personne, d’un côté le corps, de l’autre côté, la pensée. L’unité, corps, cœur, intelligence et âme s’éduque en famille, de nombreuses manières, mais souvent, seules les activités intellectuelles où virtuelles sont valorisées. Il faut trouver le temps de jouer ensemble, de cuisiner, de jardiner, de bricoler, de randonnée, de faire de la musique, de chanter et de faire du sport. Cela permet de développer l’intelligence de la main, de transmettre les savoirs à travers une histoire familiale et de se parler de choses plus importantes tout en étant occupé.
Quels mots utilisons-nous ? J’ai un corps ou mon corps, c’est moi ?
Le corps n’est pas notre profil ou notre vitrine, mais d’abord le lieu de la relation et du don avec l’immense gamme que nous pouvons vivre, de la poignée de main à …l’union sexuelle. « Le corps est lui seul, capable de rendre visible l’invisible : le spirituel et le divin. Il a été créé pour amener dans la réalité visible du monde le mystère caché de toute éternité en Dieu et ainsi en être le signe. »   Jean-Paul 2, audience du 20 février 1980, TDC.

Levons les yeux, il y a un bel horizon à mettre devant nos enfants et pas seulement les embûches à éviter !
Le but est d’en faire des vertébrés et non des crustacés. Le Vertébré a une colonne vertébrale, il n’est pas enfermé et risque de prendre des coups, mais contrairement au mollusque qui lui, lors de la mue, ne peut pas se défendre, le vertébré saura par lui-même se protéger.
Il faut leur parler plutôt trop tôt que trop tard et trop tard que jamais.
C’est notre responsabilité de parents, c’est la parole de papa et maman qui sert de référence et non les influenceurs sur les réseaux sociaux, le porno ou les histoires louches de la cour de récréation.
La question de liberté doit être l’occasion d’échanges avec nos enfants. Les adolescents ou grands jeunes ont besoin que nous leur transmettions nos convictions. Elles les aident à réfléchir et leur donnent les arguments pour discuter avec leurs pairs. On pourrait leur dire : « être libre, ce n’est pas ce que je veux tout le temps, sinon je suis esclave de mes impulsions du moment, c’est faire ce que je dois pour un meilleur bien.

  • Les réseaux sociaux, le bain culturel.

On ne peut pas donner un smartphone qui offre accès à tout internet, le meilleur comme le pire, aux enfants ou aux jeunes ados, sans un accompagnement progressif, des contrôles parentaux, une surveillance de ce qu’ils consultent et sans les avertir de l’ensemble des dangers.
Une cohérence, exemplarité doit s’exercer dans tous les domaines, car les enfants ne nous passent rien, se rendent compte de tout, nos mensonges et nos contre-vérités, nous entendent critiquer tel ou tel et nous voient regarder nos notifications pendant les heures de repas.
Trop de jeunes sont confrontés à des contenus pornographiques via leur smartphone ou celui des copains. 30% des moins de 18 ans fréquentent au moins une fois par mois un site, soit 2,3 1000000 de jeunes. Temps moyen de 50 minutes par mois et hausse de 36%.
50.62% des 18-30 ans disent avoir vu leur première image avant 15 ans. La meilleure prévention est l’ EARS qui a pour objectif de faire grandir et s’épanouir les jeunes dans leur vie affective, relationnelle et sexuelle, de leur permettre de faire des choix éclairés, libres et responsables en matière de relations et de sexualité, et de les prévenir de son caractère destructeur et addictif.
Il faut regarder ce qui constitue leur environnement, relations amicales, sorties, etc et être capable de dire « Non » à certaines invitations. L’ouverture aux autres ne passe pas par laisser faire n’importe quoi à n’importe quelle heure.

  • Quel étayage ?

Comment être aidé lorsqu’on est parent ?
Premiers et principaux éducateurs, nous ne sommes pas les seuls. Lorsque nous confions nos enfants, nous accordons aussi notre confiance à ceux qui s’en occuperont. Cette confiance est bâtie sur le dialogue et la transparence pour qu’une cohérence éducative s’exerce autour de l’enfant.
Mais quelle école ? Cette question n’implique pas la même réponse pour tous les enfants de la fratrie et tout au long de la scolarité. C’est une question à se reposer régulièrement pour nos enfants, et les caractères de réponse sont multiples.
Projet éducatif, niveau scolaire, école confessionnelle ou non, proposition de pédagogie adaptée, relation amicale, proximité géographique, etc…
Attention également aux activités extras scolaires qui ne doivent pas tourner au marathon du mercredi ou des week-ends. Elles doivent servir à développer les talents de l’enfant, mais en laissant de l’aération dans leur emploi du temps.
Du temps avec « rien » est aussi un temps utile pour développer la créativité, l’imagination et apprendre à se prendre en charge soi-même.
« Tout fait socle. » conclut Pascale Morinière, conférencière dynamique, résolument optimiste, qui sait si bien entraîner son public concerné et attentif dans une réflexion délicate, aimante, mais toujours concrète et réaliste.

Monseigneur Drouot, lui, revient sur l’intervention du pape face aux éducateurs au sens large du terme avec quatre points cardinaux en partant du centre et en rappelant que ce centre, c’est le bien de la personne dans toutes les considérations éducatives, « Le bien de l’enfant. »
Comment favoriser sa croissance, libérer sa personnalité, ne pas gâcher ses qualités et talents encore non discernés.

  •  L’intériorité :

C’est éveiller les jeunes à une vie intérieure par l’apprentissage, entre autres, de l’ennui. Ne rien faire est la clé parfois d’une inventivité, la découverte d’une ressource intérieure qui est une immense richesse.
Saint Augustin nous enseigne : « ceux que l’esprit Saint n’instruit pas au-dedans s’en vont sans avoir rien appris. »
On n’apprend rien si l’on ne laisse pas le maître intérieur nous porter et nous éclairer.  C’est vrai pour les éducateurs et les enseignants et tout autant pour les parents qui ont pour mission de faire grandir « la sainteté » des enfants qui leur sont confiés.

  • l’unité : 

Travailler à l’unité du corps, du cœur, de l’âme, de l’intelligence, nous l’avons vu, mais le pape insiste sur l’importance de la découverte du sens des autres et la capacité à se déployer en dehors de soi. Cette dimension du « avec » est fondamentale dans ce contexte éducatif, comme le fait à se décentrer est stimulant à grandir.

  • l’amour :

Défi à relever que d’éduquer à l’amour et cette éducation à l’amour ne se résout que dans l’apprentissage d’un amour vivant au sein d’une famille ou plus largement au sein d’une société ou d’une école.  « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime. »

  • la joie : 

Le fruit de l’amour est la joie, c’est notre responsabilité de parents et de chrétiens. Le Christ mort et ressuscité nous ouvre à la joie et nous devons à notre tour l’offrir.

Cette belle soirée, ce beau chemin de compréhension tracé par Pascale Morinière et notre évêque est clôturée par les mots délicats de Dominique Bonnet, responsable des AFC de la Nièvre depuis de très nombreuses années, et ceux de Madame Béatrice Lorne, responsable régional du mouvement.
Merci aux organisateurs et avis aux volontaires qui souhaiteraient s’engager dans cette précieuse association.