Le Jubilé à la Maison d’Arrêt de Nevers

Publié le 22 décembre 2025

Le Jubilé à la Maison d’Arrêt de Nevers

Comme dans tous les établissements pénitentiaires du monde, le Jubilé des personnes détenues a été célébré à la Maison d’Arrêt de Nevers le dimanche 14 décembre.

Dès l’ouverture de l’Année jubilaire, les personnes fréquentant l’aumônerie ont été sensibilisées au Jubilé : la lecture de quelques passages de la bulle d’indiction avec le long passage concernant les personnes détenues et le monde carcéral, l’ouverture d’une Porte Sainte par le pape François dans une prison de Rome…

Cette année jubilaire avait aussi une note particulière pour notre diocèse : le jubilé de la béatification de Bernadette en 1925. À cette occasion, deux personnes détenues ont pu, par écrit, partager anonymement l’inattendu de Dieu dans leur vie ouvrant à l’espérance.

Lors des rencontres individuelles ou en groupe ou lors des célébrations, ensemble, nous avons cherché à nous rendre attentifs à des signes d’espérance, à vivre dans l’espérance, à nous laisser rejoindre par Celui qui espère en nous le Seigneur Jésus.

La célébration du Jubilé ces derniers mois a été le point d’orgue de cette démarche.

Un livret édité par l’Aumônerie nationale des Prisons a permis à nos frères en détention de s’approprier le thème : « Pèlerins d’espérance »

Long chemin pour grandir en espérance avec les propositions de réflexion : le pardon dans la bible, la joie dans la bible, la porte dans la bible, le pèlerinage intérieur dans la bible, des portes à ouvrir pour vivre un déplacement intérieur et être pèlerins d’espérance…

À défaut de pouvoir franchir la porte sainte ou la porte de la prison, nos frères détenus se sont contentés d’en fabriquer une en carton avec les moyens du bord : une porte à deux battants évoquant les grilles de la prison, le logo du Jubilé un peu revisité, une chaîne en anneaux de papier tenant fermée la porte.

À l’ouverture de la célébration, Mgr Drouot a déchiré l’anneau central de la chaîne et a ouvert la porte faisant apparaître un beau triptyque balisant un chemin pascal, un passage des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de l’emprisonnement dans le Mal, le péché à la liberté avec le Christ Jésus en passant par la Croix signe de son grand amour pour nous et de son pardon.

Marqués par l’année jubilaire Bernadette, nos frères ont tenu à mettre sur la croix au centre du triptyque une prière de Bernadette : « Alors, j’ai levé les yeux et j’ai vu Jésus seul… »

Sur les trois panneaux du triptyque, on lisait quelques mots ou expressions reprenant les réflexions personnelles : fautes, péchés, joies, espérances, les passages effectués et à faire, les portes ouvertes ou à ouvrir… :

Le triptyque 

Boulets, fardeaux :
Les égarements, les fautes, les péchés
Le mal que j’ai fait…
Les violences, les mauvaises pensées, les addictions, l’impulsivité, le mépris
Les peines infligées à mes proches
Impossible de me pardonner, je ne mérite pas le bonheur
La honte, la culpabilité
La souffrance…
Les frustrations…   

Joies, signes d’espérance :
S’ouvrir
Être à l’écoute, être attentif
La bienveillance… 
La joie quand je suis utile aux autres, le soutien des autres, prendre soin des gens…
Le pardon, le partage, le sourire, l’empathie
Les gestes fraternels, les partages…      
Avoir un bon codétenu…
Les visite des familles, des aumôniers
La gentillesse du personnel
La prise en compte des signes…
Les évolutions dans ma façon de penser… Se remettre en question…
Éviter de blesser par des attitudes, des paroles
En marche vers un avenir
Capable d’accomplir de belles choses
Les autres sont des enfants de Dieu : mes frères, mes sœurs
Le pardon libérateur d’un immense fardeau…
La prière au quotidien…
Être un papa…
Mener une vie simple, honnête…
La grâce de Dieu…
L’amour, l’amour reçu, la joie reçue
La famille, la fraternité, l’entraide, l’écoute…   
Depuis que je suis incarcéré je prends beaucoup plus de temps pour réfléchir à ma vie.
Je réapprends à redécouvrir mes enfants et ma famille proche.
Cela me fait beaucoup de bien et me donne de l’espérance en une vie meilleure.
L’espérance permet de réussir dans la vie, de croire en soi dans les moments compliqués.

La célébration :

La célébration était présidée par notre évêque, Mgr Drouot accompagné par Jean-Michel Levitte qui était aumônier jusqu’en septembre dernier, de l’équipe de l’aumônerie, Sébastien,  Romuald et moi-même  avec deux invités, Marie-Ange et Yves.
Comme lors de toutes nos célébrations, nous formions une belle petite communauté d’Église, avec nos frères détenus.
Temps de joie, de recueillement. Enthousiasme à chanter «  Jubilez ! Criez de joie ! » ou « Que ma bouche chante ta louange » Le secours de Sr Marie-Ange pour le chant a été précieux.

La relecture de l’événement :

Quelques jours après la célébration du Jubilé, les personnes détenues se sont retrouvées pour relire cet évènement et sa préparation. Je vous livre quelques-unes de leurs réflexions les plus significatives :
« Le jubilé nous a permis de nous rapprocher de Dieu, de nous ouvrir l’esprit, d’ouvrir nos cœurs, de nous ouvrir aux autres, d’avoir confiance et assurance.
Nous pouvons progresser par la puissance de Dieu et l’action de l’Esprit Saint en nous.
On a travaillé sur nous.
On n’a pas fait ça pour rien. J’ai trouvé de l’intérêt.
Ce fut un beau cheminement. On a ouvert des portes.
On s’est vu sous un autre visage.
Le triptyque est à notre image. Pour le réaliser, nous avons rassemblé nos idées. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice.
Nous avons su nous écouter : ce fut de beaux échanges, de bons moments de partage. Nous nous sommes investis.
La célébration s’est bien passée mais trop vite : elle aurait pu durer plus longtemps
Grande surprise : la présence des invités ; c’était émouvant. Ils sont venus sans préjugé.
Moment de joie… Les yeux brillaient… Les sourires… Moment super agréable, bonne expérience.
Les paroles touchantes qui parlaient de nous. On ne se sentait pas tout seuls ; on n’est pas exclu de la société. On s’est senti plus près de Dieu. Nous sommes des personnes.
L’Église : une nouvelle famille.
Le bon Dieu nous aime.
L’espérance est dans le cœur de chacun.
Les partages avec les invités, entre nous durant le temps de convivialité qui a suivi  nous a permis de nous rappeler à nous, détenus, que nous sommes encore des personnes et pas que des détenus. On vous souhaite la paix, la paix du Christ. »

Et maintenant :

Joie de nos frères en détention. Joie de l’équipe de l’aumônerie. Joie des invités. «  Jubilez ! Criez de joie ! »  « Que ma bouche chante ta louange ». Une fois encore, j’aime faire mémoire du bienheureux Père Jean-Joseph Lataste qui s’émerveillait en voyant l’œuvre du Seigneur dans ces femmes condamnées à de lourdes peines dans la prison de Cadillac.  Et comment ne pas dire avec  Marie  « le Seigneur fait des merveilles »

Ce Jubilé nous confie une mission, nous envoie pour  grandir en fraternité entre personnes détenues et membres de l’aumônerie et avec les communautés chrétiennes, et être ensemble «  pèlerins d’espérance » dans nos sociétés.

Yves SAUVANT
Aumônier Maison d’Arrêt Nevers