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Une loi folle et violente

bioethique

Le projet de loi dit de bioéthique vient d’être voté en Commission des Lois à l’Assemblée nationale en supprimant nombre des dispositions introduites par le Sénat. Il s’apprête donc à être discuté en deuxième lecture, en plein remaniement ministériel, au début des congés d’été et dans l’indifférence générale. Or, sous couvert de prétendues avancées sociétales il porte en germe de grandes violences, faites aux plus faibles d’entre nous et aux générations à venir.

Qu’est-ce qui est en jeu ? Rien de moins que l’être humain, dans la relation à ses origines et dans la construction de son identité. Mais aussi la société elle-même, dans sa cohésion, ses solidarités et finalement son avenir même.

On peut rétorquer que cette loi qui autorise la procréation techniquement assistée pour toutes les formes de couples et pour des femmes seules, n’est qu’une liberté supplémentaire accordée à « tous », de même que le mariage reconnu entre personnes de même sexe semble n’être qu’une liberté de plus et ne fait de mal à personne.

Or précisément, ces nouvelles dispositions font du mal. Elles font du mal à l’enfant que l’on va délibérément faire naître sans père. Le « tiers donneur », en effet, ne pourra jamais être reconnu comme père, alors même que son identité pourra être connue de son enfant s’il la demande à sa majorité. On fait donc naître un enfant sans père, par la volonté toute-puissante de la mère, avec l’assistance technique d’une équipe médicale, et avec l’argent de l’assurance maladie. En revanche, il sera proposé une « reconnaissance conjointe » de maternité à la mère de l’enfant et à sa compagne, avec tous les droits afférents à « l’autorité parentale ». On fera croire que cet enfant peut se passer de la relation avec un père, et que la paternité n’est qu’un rôle pouvant être tenu par la mère, la compagne de la mère ou tout autre personne. Certes bien des enfants sont résilients et arrivent à surmonter bien des handicaps, comme l’absence ou la perte de leurs parents, ou même des violences familiales. Ce n’est pas notre députée de la Nièvre qui le démentira. Mais on met d’emblée, volontairement, un enfant dans une situation de privation de père. Et à moins d’une bonne dose de mauvaise foi, nul ne peut nier l’importance du père dans la construction psychologique d’un enfant.

La loi s’apprête donc à instituer la PMA dans ces conditions. Toutes les combinaisons deviennent possibles, faisant de l’enfant un simple produit et non un être humain à part entière. Or cet être humain sera en droit de demander des comptes à ceux qui l’ont fait naître dans de telles conditions et à la société qui a permis ces dérives, sans le moindre principe de précaution.

La loi rejette les principes de la filiation. Elle s’apprête à établir une double maternité indifférenciée : la vraie mère et la « mère d’intention ». L’enfant peut avoir deux « mères », sans toujours pouvoir distinguer quelle est celle qui est à l’origine de sa vie, et pourra ignorer qu’un homme lui a donné la moitié de ses gènes. Or un père et une mère ne sont pas des individus hors sol. Et ils ne peuvent être réduits à leurs gamètes. Ils ont une histoire, une origine, une personnalité, des liens. Alors que les sciences humaines ont permis de comprendre toutes les implications d’un milieu donné sur la personnalité d’un enfant, que l’on connaît de mieux en mieux l’interaction intra-utérine entre une femme et l’enfant qu’elle porte, mais aussi l’interaction entre l’enfant in utero et son environnement, les promoteurs de cette loi font comme si la vie humaine n’était que combinaisons génétiques.

Cette loi fait donc violence à notre humanité, à commencer par l’enfant, mais aussi à la femme et à l’homme lui-même. Certaines femmes, refusant la maternité qui serait contraire à leur épanouissement, confient la gestation à une autre tout en récupérant l’enfant. Pas encore moyennant finances, mais cela viendra. Quant à l’homme, sa paternité se réduit à des gamètes, aujourd’hui gratuits et demain faisant l’objet d’un commerce lucratif, en cas de pénurie due à la peur de la fin de l’anonymat des donneurs.

Cette loi contient en outre une monstruosité (au sens propre), une violence faite à notre commune dignité humaine : la possibilité de produire des chimères (mélange homme-animal) par l’introduction de cellules-souches humaines dans l’animal. L’homme se fait démiurge, dans un projet que l’on peut qualifier de démoniaque.

Je viens de dénoncer quelques-unes des caractéristiques de cette loi qui est près d’être définitivement adoptée. Mais je veux aussi en souligner les principes qui la régissent.

Le Titre I de la loi dit ceci : « ÉLARGIR L’ACCÈS AUX TECHNOLOGIES DISPONIBLES SANS S’AFFRANCHIR DE NOS PRINCIPES ÉTHIQUES ». Or on se garde bien d’énoncer ces « principes éthiques ». Le seul qui ait été inscrit vient d’un amendement voté par le Sénat. Il indiquait que « nul d’a de droit à l’enfant ». Cet amendement a été retiré par la Commission de l’Assemblée, et pour cause : à lui seul, il contredit l’ensemble du projet de loi, qui a pour finalité de donner un droit à l’enfant, par tous les moyens.

Il n’y a donc pas de principe éthique énoncé, mais il y a des présupposés non-dits. J’en mentionne quelques-uns :

  • Avant sa naissance, un enfant n’est pas un être humain. Le fœtus est un « amas de cellules », a déclaré une précédente ministre de la santé. Il n’est même pas « un être vivant », selon un député.
  • C’est le « projet parental » qui donne droit de vie et de mort sur l’enfant. Sans projet parental, les embryons sont détruits. En laboratoire ou dans le sein de leur mère.
  • La liberté individuelle est invoquée comme principe absolu, au-dessus du respect de la vie.
  • Le principe d’égalité est invoqué pour traiter de façon semblable des réalités différentes. L’infertilité d’un couple hétérosexuel est de nature différente de la non fertilité d’un couple homosexuel. L’une tient à une difficulté physique ou psychique, l’autre tient à un choix personnel. Mais les deux situations donneront lieu à une PMA remboursée par l’assurance maladie.
  • La science et la politique sont chargées de servir non plus le bien commun mais les désirs de chacun.
  • L’homme n’est qu’un animal qui a évolué plus que les autres.
  • Les sexes masculin féminin ne sont que des données biologiques primaires. L’épanouissement de l’individu doit s’en affranchir pour pouvoir choisir son « genre », homme ou femme, qui lui correspondra, tout en combattant les « stéréotypes de genre », sources d’oppression de la femme.
  • La maternité et la paternité sont des rôles interchangeables. « Le père n’est pas forcément un homme », a déclaré le président de la République.
  • Les mots prennent la place de la réalité. La réalité peut être changée par le choix des mots.

Voilà donc quelques « principes éthiques » qui guident, sans le dire, le législateur.

Les principes éthiques que je soutiens, avec l’Eglise catholique, et dans la droite ligne de l’enseignement de Jésus, sont les suivants :

  • L’être humain, créé à l’image de Dieu, a une dignité inaliénable. Sa vie n’a pas de prix.
  • La vie humaine est à respecter dès son commencement, c’est-à-dire la première cellule née de la fécondation.
  • Le respect du plus faible est le chemin vers la paix. L’oubli de ce principe conduit à la guerre.
  • L’enfant n’est pas un dû mais un don.
  • La vie n’est pas produite par l’homme. Elle trouve son origine en Dieu et est un mystère à contempler. Les parents ne « donnent » pas la vie. Ils la transmettent après l’avoir reçue.
  • La valeur d’un être humain ne tient pas à l’amour de ses parents ni à leur « projet parental ». Elle ne tient pas non plus au regard, positif ou négatif, que quiconque porte sur lui. Elle tient à l’amour de Dieu son Père, et à la valeur du sang que le Fils unique de Dieu a versé pour chacun de nous. Elle tient à notre vocation de recevoir la vie éternelle.
  • L’union d’un homme et d’une femme, dans un oui définitif, soutenu par un amour sans cesse renouvelé, est le cadre favorable pour la naissance et la croissance des enfants. Toutes les situations familiales ne sont pas équivalentes pour garantir la construction psychologique et spirituelle des enfants.
  • « Tout est permis », dit-on, mais je dis : « Tout n’est pas bon. » « Tout est permis », mais tout n’est pas constructif. » Cette citation est de l’apôtre saint Paul (1 Corinthiens 10, 23). Tous les principes que l’Eglise peut énoncer ne sont pas des jugements sur des situations subies ou des choix de vie différents. Ils sont des repères pour celui qui veut suivre le chemin du Christ, parce qu’il sait que ce chemin correspond à la dignité et à la vocation ultime de l’homme.
  • « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Psaume 84(85), 11). Il n’y a pas d’amour sans vérité, de même qu’il n’y a pas de paix sans justice. C’est par amour pour l’humanité que l’Eglise s’efforce de dire la vérité sur ce qu’est l’homme, à la lumière du Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme.

Au nom de ma responsabilité confiée par le Christ, au nom de ma conscience d’homme, je ne pouvais pas me taire devant tel un projet de société, aux principes mensongers et aux conséquences mortifères.

+ Thierry Brac de la Perrière, évêque de Nevers
6 juillet 2020